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Cahiers de l'EDEM

Les Cahiers sont rédigés par l’EDEM, l’Équipe droits et migrations, constituée à l’UCLouvain au sein du CeDIE. Chaque mois, ils analysent quelques arrêts récents d’une juridiction nationale ou internationale, en français ou en anglais.

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These Commentaries are written by the Research Team on Laws and Migration (EDEM), which is part of UCLouvain. Each month, they present recent judgments from national or international courts, in French or English.

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News

Écrans Citoyens | 4 projections

Le droit à l'épreuve du grand écran. La section migration de la Clinique juridique Rosa Parks lance Écrans Citoyens en partenariat avec le Cinéscope Pathé de Louvain-la-Neuve : 4 soirées cinéma suivies de rencontres avec les réalisateur·ices. Au programme : Soulèvements de Thomas Lacoste (5/10), Le balai libéré de Coline Grando (19/10) L'autre côté du soleil de Tawfik Sabouni, en présence du cinéaste (9/11). 4ème séance à venir.

Infos et inscription

Edito

L’été a été chaud, très chaud, brûlant, dévastant des forêts, nous rappelant que les affres des changements climatiques ne sont ni pour demain, ni seulement ailleurs. Les évacuations, les réflexions sur l’occupation des territoires, ne font que montrer l’omniprésence des mobilités partout où les humains doivent s’adapter, notamment à des conditions environnementales changeantes. Une prise de conscience systémique doit s’opérer. Savoir identifier les causes, répondre aux défis en embrassant leur complexité, rappelle notre devoir à tous de s’engager dans la voie de la compréhension et de ne pas céder aux solutions simplistes. Ceuta, et plus encore son détournement médiatique et politique au mépris des enjeux géopolitiques à son origine, en est l’exemple frappant.
 
Dans la suite de ces réflexions, n’hésitez pas à participer à la projection-débat autour du film « Soulèvements » de Thomas Lacoste le 5 octobre prochain au cinéma Pathé de Louvain-la-Neuve à 19h. Portrait choral d’un mouvement de résistance intergénérationnel face à l’accaparement des terres et de l’eau, aux ravages industriels et à la répression politique. En arrière-plan : la dissolution du groupement Les Soulèvements de la Terre par décret du 21 juin 2023, annulée par le Conseil d’État le 9 novembre suivant au nom de la liberté d’association.
 
Nous avons également la joie de vous annoncer qu’un membre de notre équipe, Guélor Paluku Matata, a défendu sa thèse avec succès le 8 septembre dernier. Elle porte sur la sécurité juridique des petits commerçants transfrontaliers comme levier de réduction de la pauvreté, de lutte contre l’insécurité alimentaire et de promotion de l’intégration économique « par le bas » dans la sous-région des Grands Lacs africains.
 
Marie Courtoy

Août 2026

1

CJEU, Comeri, Joined Cases C-706/25 and C-707/25, Opinion of Advocate General Medina Delivered on 11 June 2026

From Compatibility to Exclusive External Competence: Advocate General Medina’s Opinion in Comeri and Sidilli
 
Fatima Zahra El harch
Advocate General Medina’s Opinion in the joined Comeri and Sidilli cases advances the litigation generated by the Italy–Albania Protocol of 6 November 2023 into a new phase. In Sedrata (C-414/25), Advocate General Emiliou considered whether the extraterritorial transfer and detention of third-country nationals subject to return procedures were compatible with the Return Directive (Directive 2008/115). He also examined the legal framework applicable where a person detained in that context lodges an application for international protection, in particular Article 9(1) of the Asylum Procedures Directive (Directive 2013/32), read in conjunction with Article 2(p) thereof. The questions referred by the Corte d’Appello di Roma in Comeri and Sidilli raise a logically prior issue: whether Italy was competent to conclude an international agreement and adopt the measures necessary to implement it in a field substantially governed by EU law. The Opinion therefore addresses not only the compatibility of a particular detention regime with EU asylum law, but also the division of external competences between the European Union and the Member States. Its broader significance lies in the relationship it establishes between the externalisation of migration control and the Union’s exclusive external competence under Article 3(2) TFEU.
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C.J.U.E., 4 juin 2026, Safi, C-147/24 

Le déplacement contraint vers un autre État membre comme interférence à la libre circulation : un droit de ne pas circuler ?
 
Clément Magritte 
L’article 20 TFUE a vocation à protéger le citoyen de l’Union européenne mineur qui, compte tenu de son lien de dépendance avec son parent ressortissant de pays tiers, serait contraint de suivre ce dernier vers un autre État membre. Ce déplacement peut résulter de la décision de refus d’octroi d’un droit de séjour à ce parent qui disposerait par ailleurs d’un droit de séjour dans un autre État membre. Un tel déplacement contraint de l’enfant mineur citoyen de l’Union constitue une interférence dans l’exercice de son droit à la libre circulation. Dès lors, lorsque les autorités d’un État membre prennent une décision susceptible d’entraîner ce déplacement contraint, elles mettent en œuvre le droit de l’Union et doivent, en amont, vérifier au terme d’un examen in concreto si ce déplacement est compatible avec les droits fondamentaux consacrés par la Charte, en particulier le droit au respect de la vie familiale et l’intérêt supérieur de l’enfant.
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C.J.U.E., 5 mars 2026, Safita, C-489/24, EU:C:2026:160

L’encadrement des prolongations du délai d’examen des demandes d’asile : regard sur le tandem jurisprudentiel Zimir et Safita
 
Sarah Veys
La Cour de justice de l’Union européenne répond à une question préjudicielle du Conseil d’État des Pays-Bas portant sur la légalité de prolongations successives du délai d’examen des demandes de protection internationale. Depuis septembre 2022, le secrétaire d’État néerlandais a, à plusieurs reprises et de manière consécutive, adopté des arrêtés prolongeant ce délai en raison de l’augmentation du nombre de demandes introduites aux Pays-Bas. Un ressortissant syrien en conteste la légalité. Il soutient que la faculté prévue à l’article 31, § 3, alinéa 3, sous b), de la directive 2013/32/UE – permettant de prolonger de neuf mois supplémentaires le délai d’examen initial de six mois – ne s’applique pas lors d’une augmentation progressive du nombre de demandes. Le Conseil d'État interroge la Cour sur la possibilité de recourir, de manière répétée et successive, à une telle prolongation ainsi que sur les conditions d'un tel recours. Ceci compte tenu de l’obligation, pour les États membres, de doter leurs autorités de moyens suffisants en vertu de l’article 4, § 1er, de la directive 2013/32/UE. 
La Cour estime qu’un État membre peut décider de prolongations successives pour autant qu’il démontre, par des éléments concrets, que, malgré ses efforts, il n’a pas disposé de suffisamment de temps pour satisfaire aux obligations de l’article 4, § 1er. Deux limites sont posées quant à la durée cumulée des prolongations : elle ne peut excéder ni le temps nécessaire à l’État pour renforcer ses capacités administratives ni dépasser 21 mois à compter de l’introduction de la demande.
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CCE3

C.C.E., 26 août 2025, n° 331 640

Le C.C.E. face au mythe de la victime idéale : entre exigence de cohérence du récit d’asile et présomption d’autonomie 
 
Fatoumata Bamani
Le C.C.E. refuse la protection internationale à un couple malien et à leur fils tout en reconnaissant le statut de réfugiée à leur fille menacée de M.G.F. L’analyse de cet arrêt met en lumière une tension frappante quant à l’usage du critère d’autonomie dans l’évaluation de la demande de protection internationale en matière de V.B.G. Le Conseil utilise ainsi le parcours universitaire et les ressources financières des requérant·e·s pour refuser leur demande, s’écartant ainsi de sa jurisprudence de 2022 qui reconnaissait que l’indépendance n’excluait pas la vulnérabilité. En exigeant une cohérence totale du récit d’asile, le C.C.E. contribue à renforcer le mythe de la « victime idéale » censée être parfaitement cohérente, pauvre, sans éducation et dépendante. Cette position aboutit à une fragmentation des statuts, fragilisant la protection accordée à l’enfant, qui se retrouve soumis à un risque de refoulement indirect.
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CCE2

C.C.E., 9 décembre 2025, n° 337 425

La prévalence des mutilations génitales féminines à l’épreuve de l’appartenance ethnique : l’exigence par le Conseil du contentieux d’une évaluation individualisée du risque
 
Giovanni Babou Bama 
Le Conseil du contentieux des étrangers annule deux décisions de refus du statut de réfugié et de protection subsidiaire prononcées à l’égard d’une famille burkinabè. La raison de cette annulation tient à l’absence, dans le dossier administratif, de données sur les taux de prévalence des mutilations génitales féminines au sein des groupes ethniques dafing et samogho dont relèvent respectivement le requérant et la requérante. L’arrêt souligne que les statistiques nationales générales mobilisées par le Commissaire général ne permettent pas de procéder à une évaluation individualisée du risque d’excision pour les filles des requérant·es. L’affaire est renvoyée au Commissaire général pour instruction complémentaire. 
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Éditeur responsable : UCLouvain

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